Les villes : bassins d'emplois agroécologiques, par Gérard Poujade

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Dans cette intervention, Gérard Poujade, maire du Séquestre et vice-président de l’agglomération d’Albi, montre comment une petite commune très contrainte en foncier peut devenir un laboratoire d’agroécologie urbaine. Dès ses premiers mandats, il engage une politique de développement durable centrée sur la lutte contre la pauvreté, la réduction de l’artificialisation des sols et le retour de la nature en ville : plantation de haies et d’arbres, pistes cyclables, vergers publics, jardins partagés, poulaillers collectifs et création d’un écoquartier sur des parcelles beaucoup plus petites. Il défend aussi une alimentation de qualité, avec une cantine zéro plastique et une orientation forte vers le bio. Plus récemment, il plaide pour une approche économique territoriale fondée sur les terres délaissées, les coopératives, les circuits courts et l’emploi local, afin de produire à la fois alimentation, biodiversité, compensation carbone et revenus. Une vision politique globale, patiente et concrète des transitions agroécologiques.

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Résumé
Dans cette intervention, Gérard Poujade, maire du Séquestre et vice-président de l’agglomération d’Albi, montre comment une petite commune très contrainte en foncier peut devenir un laboratoire d’agroécologie urbaine. Dès ses premiers mandats, il engage une politique de développement durable centrée sur la lutte contre la pauvreté, la réduction de l’artificialisation des sols et le retour de la nature en ville : plantation de haies et d’arbres, pistes cyclables, vergers publics, jardins partagés, poulaillers collectifs et création d’un écoquartier sur des parcelles beaucoup plus petites. Il défend aussi une alimentation de qualité, avec une cantine zéro plastique et une orientation forte vers le bio. Plus récemment, il plaide pour une approche économique territoriale fondée sur les terres délaissées, les coopératives, les circuits courts et l’emploi local, afin de produire à la fois alimentation, biodiversité, compensation carbone et revenus. Une vision politique globale, patiente et concrète des transitions agroécologiques.

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Vous retrouverez dans cette vidéo une explication des racines et des microbes dans la gestion de l'eau, par Marc-André Selosse, intervenant lors du festival !


Présentation de Gérard Poujade

Gérard Poujade se présente comme maire du Séquestre et vice-président de l’agglomération d’Albi, en charge de l’économie sociale et solidaire et des circuits courts. Il explique que son engagement politique est directement lié à son territoire et à la manière dont sa commune a dû affronter très tôt la question de la rareté foncière.

La commune du Séquestre est une petite commune de 542 hectares, mais avec de fortes contraintes : elle comprend un circuit automobile, un aéroport, plusieurs kilomètres d’autoroute, deux échangeurs, ainsi qu’un ancien terrain militaire désaffecté. Les habitants vivent au milieu de ces infrastructures, ce qui laisse très peu de terrains réellement disponibles.

Issu lui-même d’une famille d’agriculteurs, Gérard Poujade dit avoir été sensibilisé très tôt à la rareté de la terre. Cette question a constitué l’un des enjeux majeurs de ses premiers mandats.

Un agenda 21 centré sur la lutte contre la pauvreté

Dès le début de son action municipale, la commune met en place un agenda 21. Gérard Poujade insiste sur le fait qu’il était très simple dans sa forme — tenant sur une seule page A4 — mais fondé sur les grands principes internationaux du développement durable.

Selon lui, le premier objectif du développement durable est la lutte contre la pauvreté. L’agenda 21 du Séquestre a donc été construit de manière participative avec cet objectif principal : traiter toutes les formes de pauvreté.

Il raconte qu’au cours de ces démarches participatives, les habitants expriment des besoins très concrets, par exemple sur les mobilités. Une discussion sur l’absence de pistes cyclables amène rapidement à une réflexion plus large sur l’aménagement communal.

Pistes cyclables et plantation de haies

La commune décide alors de développer des pistes cyclables. Mais cette démarche est immédiatement associée à une réflexion paysagère et écologique : planter des haies le long des routes.

Gérard Poujade explique avoir été conseillé en ce sens, avec l’idée qu’il faudrait au moins un kilomètre de haies pour un kilomètre de route. Finalement, la commune est allée bien au-delà, atteignant environ deux kilomètres de haies pour un kilomètre de route.

Ces plantations accompagnent les pistes cyclables afin de rendre les déplacements plus agréables, notamment pour la promenade, tout en renforçant la présence du végétal sur la commune. Une piste construite une quinzaine d’années auparavant est ainsi évoquée comme exemple d’un aménagement arboré pensé dans la durée.

Un plan local d’urbanisme très restrictif

En parallèle de l’agenda 21, la commune modifie son plan local d’urbanisme. Gérard Poujade souligne que ce document a été particulièrement atypique pour l’époque, car il a fortement réduit les surfaces constructibles.

Alors que la commune comptait auparavant plus de 100 hectares constructibles, ce chiffre est ramené à moins de 20 hectares, soit une diminution de près de 80 %. À l’époque, cette décision suscite l’incompréhension des maires voisins, qui considèrent qu’il prend un risque politique considérable en se mettant à dos les propriétaires fonciers.

Avec le recul, il observe pourtant que de nombreuses communes se retrouvent aujourd’hui bloquées, alors que Le Séquestre avait anticipé cette évolution.

Le premier écoquartier de Midi-Pyrénées

Cette volonté de limiter la consommation de foncier conduit à la création du premier écoquartier de Midi-Pyrénées sur la commune.

Gérard Poujade explique qu’on est passé de parcelles de 1 200 à 1 400 m² par maison à des terrains de 300 m² maximum, et même parfois 200 m². Il insiste sur le fait que ce changement n’a finalement posé aucun problème majeur, contrairement à ce que beaucoup pensaient au départ.

Il raconte qu’au sein du conseil municipal, composé essentiellement de propriétaires, il était difficile d’imaginer que les futurs habitants ne souhaiteraient pas nécessairement vivre comme les élus eux-mêmes. Pour démontrer la viabilité du projet, il a lui-même construit l’une des premières maisons de l’écoquartier.

Avec le temps, plus de 200 foyers s’y sont installés, ce qui montre, selon lui, qu’il existait bien une demande pour des formes d’habitat plus sobres en foncier.

Les arbres comme fil conducteur de l’action communale

Dans cet écoquartier comme ailleurs dans la commune, la plantation d’arbres joue un rôle central. Gérard Poujade explique qu’il a constamment cherché des occasions de planter.

Parmi les dispositifs mis en place, figure l’opération « un arbre par enfant », qui associe les familles et les enfants à la plantation. Chaque année, une vingtaine d’arbres sont ainsi plantés.

La commune souhaite désormais changer d’échelle, avec des projets de plantation de 2 000 à 3 000 arbres supplémentaires. L’objectif est multiple : créer des îlots de fraîcheur, expérimenter une forêt Miyawaki, implanter un verger communal et, plus largement, accentuer la présence de végétation sur le territoire.

Une cantine zéro plastique et une alimentation de qualité

Gérard Poujade évoque également la cantine construite en 2019, présentée comme la première cantine zéro plastique du département.

Il insiste sur le lien entre alimentation, agriculture et politiques publiques. Pour lui, malgré la complexité réglementaire introduite notamment par la loi Egalim, un point reste clair : l’importance du bio comme repère lisible pour l’action publique.

Il critique les usages flous du mot « local », qui ne garantit pas en soi des pratiques agricoles vertueuses. À l’inverse, il affirme qu’il vaut mieux du bio venant de plus loin qu’un produit local traité au glyphosate. Il résume cela par une formule provocatrice : si l’on demande aux parents s’ils veulent que leurs enfants mangent avec ou sans glyphosate, personne ne choisit « avec ».

Jardins partagés, vergers publics et poulaillers

La cantine est située en lien direct avec un jardin partagé, visible depuis le bâtiment. Gérard Poujade y voit une manière de relier concrètement alimentation, production locale et vie quotidienne des habitants.

Au fil des mandats, la commune a créé :

  • six vergers publics ;
  • deux jardins partagés publics ;
  • deux poulaillers.

L’idée est de permettre aux habitants de se servir de la terre pour se nourrir.

Cette action s’inscrit dans la logique générale de lutte contre la pauvreté. Gérard Poujade explique qu’une commune a peu de prise directe sur l’augmentation des revenus des habitants, mais qu’elle peut agir sur la diminution des dépenses contraintes.

Réduire les dépenses contraintes des habitants

Dans cette perspective, la commune met en place plusieurs dispositifs.

L’un d’eux est la tarification sociale et progressive de l’eau, avec une exonération sur les 30 premiers mètres cubes pour chaque foyer. Cela permet de réduire les charges liées à un besoin essentiel.

La commune a également été pionnière dans le financement de la rénovation énergétique des logements privés, dès le milieu des années 2000. Gérard Poujade rappelle qu’il s’agissait alors d’une initiative originale, avant que le dispositif ne soit ensuite repris à des échelles plus larges.

L’objectif est toujours le même : faire baisser les dépenses des habitants, qu’il s’agisse du chauffage, de l’eau ou de l’alimentation.

Réinvestir les espaces délaissés

Gérard Poujade insiste sur l’importance des petites parcelles délaissées, de tous ces espaces abandonnés que l’on voit partout, notamment depuis la voiture, et qui ne servent à rien.

Selon lui, même les plus petits espaces doivent être récupérés pour y remettre de la végétation. Cette politique a d’ailleurs contribué à transformer l’image de la commune.

Il cite à ce sujet le concours des villes et villages fleuris. Au départ, Le Séquestre était perçu comme une commune peu attractive, marquée par ses infrastructures. Le jury n’avait même pas voulu se déplacer lors de la première candidature. Puis, après avoir observé l’originalité du travail engagé sur les espaces verts, il a fini par venir.

En deux ans, la commune obtient une première fleur, puis une deuxième deux ans plus tard. Gérard Poujade y voit une reconnaissance de l’amélioration du cadre de vie, mais surtout du travail de reconquête des espaces au profit de la nature.

Passer du décor à la production de revenus

À partir du milieu des années 2010, Gérard Poujade explique que la commune a voulu aller plus loin. Après avoir utilisé les terres délaissées pour embellir et végétaliser, il s’agit désormais de les mobiliser pour produire de la richesse et des revenus.

Il dit alors vouloir parler non plus seulement en élu local, mais en responsable politique conscient de la nécessité de l’humilité. Avec vingt ans de recul, il rappelle qu’on mesure aussi tout ce qu’on n’a pas su faire.

Pour lutter contre la pauvreté, il faut selon lui non seulement réduire les dépenses, mais aussi créer des revenus. C’est dans cette logique que naît l’idée d’utiliser les terres abandonnées pour soutenir une activité économique.

Une coopérative agricole territoriale

La solution retenue est celle de la coopérative. Gérard Poujade observe que les simples mises à disposition de terres à des maraîchers ne suffisent pas toujours, notamment lorsque les personnes ne sont pas suffisamment formées ou qu’elles sont installées dans une trop grande précarité.

La commune puis l’agglomération cherchent donc à créer une structure coopérative rassemblant le plus grand nombre d’acteurs possible. L’idée est que les futurs clients de la coopérative puissent aussi en être parties prenantes.

Des partenariats sont évoqués avec plusieurs magasins Biocoop, susceptibles d’acheter les productions issues des terres communales ou intercommunales. Le projet, initialement limité au Séquestre, est ensuite adopté à l’échelle de l’agglomération d’Albi, afin que plusieurs communes puissent mettre des terres à disposition.

L’objectif est de salarier des personnes qui produiront sur ces terrains pour répondre à une demande déjà identifiée.

Maraîchage, élevage et diversification des productions

Parmi les filières envisagées figure le maraîchage, mais aussi l’élevage de poules pondeuses bio. Gérard Poujade mentionne un partenaire du département, conditionneur d’œufs, qui souhaite développer une filière bio locale.

Le besoin exprimé serait de l’ordre de 45 000 poules pour atteindre un certain volume de production. Mais il exclut l’idée d’un élevage industriel concentré en un seul lieu. Au contraire, il propose de répartir de petits élevages de 500 à 2 000 poules sur différents sites de l’agglomération.

Cette logique permettrait d’utiliser des terres inutilisées pour produire de la richesse et de l’emploi, tout en restant cohérent avec l’esprit du projet.

Il souligne que même sur une petite commune de 542 hectares, on peut identifier environ 40 hectares appartenant à divers propriétaires et peu ou pas utilisés. Selon lui, toutes les communes disposent de réserves foncières comparables.

Produire plusieurs richesses sur une même emprise

Gérard Poujade donne l’exemple d’un projet sur sa commune concernant une ancienne carrière désaffectée d’environ 6 000 m².

Sur cette surface, il envisage une production multiple :

  • du kilowattheure grâce à des ombrières photovoltaïques ;
  • des œufs avec environ 1 500 poules ;
  • des poules de réforme ;
  • des fientes valorisables.

L’idée est qu’une emprise considérée comme perdue puisse générer plusieurs types de production et peut-être l’équivalent d’un emploi à temps plein. Il insiste sur le fait que ce n’est pas du tout le même usage du sol que celui auquel on était habitué.

Compensation carbone locale et plantations

À l’échelle de l’agglomération, un autre projet important concerne la compensation carbone volontaire.

Gérard Poujade explique avoir convaincu ses collègues de créer un outil local en adhérant à une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) appelée Climat local. Cette structure permet d’identifier et d’évaluer des projets de compensation carbone par la plantation d’arbres.

Les communes de l’agglomération sont invitées à déclarer leurs projets : forêts Miyawaki, vergers, haies, etc. La coopérative évalue ensuite la quantité de carbone correspondante.

L’agglomération peut alors proposer aux entreprises du territoire de compenser localement leurs émissions, plutôt que de financer des projets lointains dont les effets sont difficiles à vérifier. Les fonds recueillis servent à acheter les plantations, notamment via Arbres et paysages, avec une labellisation bas-carbone.

Gérard Poujade présente cela comme un « circuit court de la compensation carbone », qui permet à la fois de soutenir la biodiversité locale et de financer des plantations utiles au territoire.

Une vision holistique de l’action publique

La conclusion de Gérard Poujade insiste sur la nécessité d’une vision globale, ou « holistique », de l’action politique.

Il rappelle qu’une commune ou une agglomération doit agir simultanément sur de nombreux sujets : le logement social, les équilibres budgétaires, la sécurité, les questions sanitaires, la biodiversité, l’alimentation, l’emploi, l’urbanisme. Le défi est de faire en sorte que ces politiques soient cohérentes entre elles.

Il oppose cette approche à une politique réduite aux « coups » de communication. Selon lui, la communication politique est l’ennemie de la politique, car elle pousse à chercher des réponses rapides et visibles à des problèmes complexes.

À l’inverse, il appelle à reconnaître la complexité du monde sans la nier. Pour lui, l’enjeu est de simplifier le message sans mentir, afin de rendre accessibles des sujets techniques et complexes au plus grand nombre.

Son intervention défend ainsi une action publique territoriale articulant lutte contre la pauvreté, sobriété foncière, végétalisation, alimentation, emploi local, économie coopérative et biodiversité.