Les Serres de Marcel : La Triple Chapelle

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Dans cette vidéo des Serres de Marcel, consacrée à la Triple Chapelle, l’équipe présente deux serres récentes de 8 mètres de large, proches de la quintuple chapelle montrée précédemment. Bien équipées (ouvrants automatiques, aspersion, chauffage au gaz, pompe doseuse), elles doivent surtout servir à des cultures primeurs et d’été. Le principal enjeu concerne toutefois le sol, très pauvre en vie biologique après des années d’usage sous bâches pour la production de plants. La stratégie envisagée consiste à retirer les bâches puis à apporter massivement du broyat, du compost et d’autres matières organiques afin de relancer l’activité du sol. Des analyses seront menées pour mesurer les reliquats d’azote, suivre l’évolution biologique et ajuster la fertilisation les premières années. La vidéo détaille aussi les contraintes techniques d’apport de matière organique dans ces serres peu accessibles aux engins agricoles.

auto_awesome
Résumé
Dans cette vidéo des Serres de Marcel, consacrée à la Triple Chapelle, l’équipe présente deux serres récentes de 8 mètres de large, proches de la quintuple chapelle montrée précédemment. Bien équipées (ouvrants automatiques, aspersion, chauffage au gaz, pompe doseuse), elles doivent surtout servir à des cultures primeurs et d’été. Le principal enjeu concerne toutefois le sol, très pauvre en vie biologique après des années d’usage sous bâches pour la production de plants. La stratégie envisagée consiste à retirer les bâches puis à apporter massivement du broyat, du compost et d’autres matières organiques afin de relancer l’activité du sol. Des analyses seront menées pour mesurer les reliquats d’azote, suivre l’évolution biologique et ajuster la fertilisation les premières années. La vidéo détaille aussi les contraintes techniques d’apport de matière organique dans ces serres peu accessibles aux engins agricoles.

Ver de Terre Production se lance dans un projet de Maraîchage sur Sol Vivant. Dans cette série de vidéos nous vous emmenons à la découverte des Serres de Marcel.


Présentation des triples chapelles

Bonjour à tous et bienvenue dans une nouvelle vidéo des Serres de Marcel. Après la présentation de la quintuple chapelle dans la vidéo précédente, cette vidéo est consacrée aux deux triples chapelles, avec un focus sur la manière envisagée pour les mettre en culture, et surtout sur la stratégie de développement de l’activité biologique du sol.

Ces deux chapelles sont les plus récentes du site. Ce sont des chapelles de 8 mètres de large, disposées côte à côte, avec leurs petites allées bétonnées.

Elles disposent d’équipements jugés assez classiques :

  • un ouvrant automatique latéral ;
  • un ouvrant en toiture sur la chapelle centrale, qui s’ouvre sur la moitié de la chapelle ;
  • une aspersion intégrale ;
  • un point d’eau au milieu de chaque chapelle pour pouvoir arroser manuellement avec des tuyaux.

En revanche, dans cette serre, il n’y a pas de circuit basse pression pour le goutte-à-goutte. Il faudra peut-être en ajouter un si le besoin se présente.

Chauffage et ferti-irrigation

Les triples chapelles sont équipées de deux systèmes de chauffage au gaz. Ceux-ci peuvent permettre de maintenir les serres hors gel, notamment si l’objectif est de faire des cultures primeurs ou de démarrer plus tôt certaines cultures d’été, par exemple :

  • les tomates ;
  • les poivrons ;
  • les aubergines.

L’idée est donc de pouvoir avancer un peu les plantations si nécessaire.

Ces serres sont également en double paroi gonflable, même si au moment du tournage elles semblent peu gonflées, ce qui laisse supposer une petite fuite à surveiller.

Sur les triples chapelles, une seule des deux est équipée d’une pompe doseuse. À partir de cette pompe, il est possible d’envoyer de la fertilisation sur l’ensemble des deux serres. Une seule pompe doseuse pour les deux ailes de serre est jugée suffisante, d’autant plus que le système permet de choisir assez facilement dans quel sens réaliser la ferti-irrigation.

Dans leur conception générale, ces serres sont donc très proches de la quintuple chapelle présentée précédemment.

Stratégie de remise en culture

La stratégie envisagée ici est relativement simple dans son principe : il s’agit de retirer les bâches, présentes depuis une petite dizaine d’années, puis de remplir les zones de culture entre les allées bétonnées avec :

  • des branches broyées ;
  • ou du compost ;
  • et d’autres matières organiques.

L’objectif est ensuite de laisser l’activité biologique du sol se redévelopper.

Historique et nature du sol

L’historique du sol n’est pas considéré comme très favorable. Le site se trouve dans un lieu-dit appelé les Minéraux. Des profils de sol seront sans doute montrés dans une autre vidéo, mais il est déjà précisé qu’on y trouve surtout :

  • du gravier ;
  • du sable ;
  • et de l’argile.

Ce n’est toutefois pas nécessairement un mauvais sol. Il devrait être relativement drainant, et la proportion d’argile, jugée assez importante, pourrait permettre à terme d’obtenir une réserve utile correcte, à condition d’apporter suffisamment de matière organique.

L’aménagement initial a été réalisé de manière simple : le sol a été nivelé, la serre a été montée, puis un petit lit de sable a été disposé sous les bâches, sur environ un à deux centimètres. Ce sable avait un double intérêt :

  • rendre le travail plus confortable ;
  • garantir une bonne planéité.

C’était important car ces serres avaient principalement vocation à accueillir du plant et de la motte, ce qui exige un sol bien plat pour éviter que les mottes ne tombent et pour faciliter le travail.

Le choix qui est fait aujourd’hui est de ne pas retirer ce sable. Comme le sol est déjà sableux, il est considéré que l’activité biologique le brassera progressivement, et qu’au fil du temps il s’intégrera naturellement au sol.

Un sol très pauvre en activité biologique

En termes d’activité biologique, la situation est clairement dégradée. Les sols de ces serres n’ont pratiquement pas vu de plantation, à part sur les bords où quelques mauvaises herbes poussent. On observe encore quelques traces d’activité biologique, notamment de vers de terre, mais les populations sont supposées être très faibles.

C’est l’un des grands questionnements du projet : même en apportant une grande quantité de matière organique en surface, de l’ordre de 100 à 200 tonnes par hectare, il est probable que le retour de l’activité biologique soit lent.

La question devient donc : comment produire pendant un ou deux ans alors que l’activité biologique sera encore faible et mettra sans doute du temps à revenir ?

Gestion de la fertilité pendant les premières années

C’est précisément pour cette raison que les pompes doseuses sont importantes : elles permettront probablement d’utiliser des engrais durant les premières années.

Cependant, il est également possible que les sols contiennent déjà des reliquats azotés et plus largement des reliquats de fertilisants assez élevés. Une campagne de mesures est prévue pour évaluer ce qu’il reste réellement dans les sols.

En effet, ces serres ont reçu de la ferti-irrigation pendant plus de dix ans. Il est donc probable que les sols soient encore riches en éléments fertilisants résiduels. Il est même envisagé que, la première année, il n’y ait peut-être pas besoin d’apporter d’engrais.

La végétation visible sur les bords des bâches semble aller dans ce sens. On y observe quelques plantes bio-indicatrices de forts reliquats d’azote, notamment :

  • du mouron blanc ;
  • des orties ;
  • des chénopodes ;
  • des amarantes bien développées.

Tout cela laisse penser qu’il peut exister des reliquats azotés très élevés, qu’il faudra mesurer afin de construire un véritable plan de pilotage du suivi de culture.

Il n’est d’ailleurs pas impossible que, pour certaines cultures, ces reliquats soient même trop importants.

Les difficultés pour apporter la matière organique

L’apport de matière organique dans ces serres pose un problème logistique important. Elles n’ont pas été conçues pour faire entrer des machines agricoles. Comme elles servaient à faire du plant, tout le transport de marchandise se faisait avec des rollers circulant le long des allées bétonnées.

Les serres ne sont donc pas du tout pensées pour laisser passer des tracteurs. Il faudra probablement :

  • démonter les façades ;
  • entrer avec un tracteur ;
  • utiliser un épandeur pour apporter les matières organiques dès la première année.

L’opération sera assez technique, car il faudra :

  • rouler sur les allées bétonnées ;
  • ne pas abîmer la serre ;
  • éviter d’accrocher les poteaux ;
  • ne pas y passer trop de temps.

L’option d’un apport à la main ou à la brouette est écartée. Le choix est de mécaniser l’opération.

Le matériel prévu

Le matériel mobilisé pour cette intervention comprend :

  • un épandeur à essieu directionnel en cours de réparation ;
  • un Massey Ferguson 245 sans cabine, provenant de l’ancienne ferme familiale.

Le tracteur nécessite lui aussi une remise en route, avec notamment un joint de culasse à remplacer.

L’idée est d’entrer en marche arrière dans les planches, avec le petit tracteur et l’épandeur à essieu directionnel. Les travées font 8 mètres, mais les demi-travées utiles, une fois retirée l’allée bétonnée, font environ 3,60 mètres. Comme l’épandeur mesure environ 1,90 mètre de large, il faudra faire deux passages, voire peut-être davantage lors du premier épandage, afin d’obtenir quelque chose d’aussi homogène que possible sur l’ensemble des zones de culture.

Il faudra sans doute retirer temporairement une partie des systèmes d’irrigation, notamment les prises utilisées pour l’arrosage manuel.

À l’échelle de l’ensemble du site, les calculs réalisés montrent que l’apport de toute la matière organique dans toutes les serres devrait représenter environ 15 jours de travail, avec un épandeur chargé toutes les 20 minutes environ.

Le redéveloppement de l’activité biologique

Le développement de l’activité biologique des sols sera un sujet de travail majeur aux Serres de Marcel.

Cela s’explique d’abord par l’état très dégradé de certains sols. Dans certaines serres, certains sols n’ont probablement pas vu d’eau depuis 20 ou 30 ans. On se retrouve alors dans des situations où il n’y a pratiquement plus de vers de terre.

Ce type de situation a déjà été observé chez des serristes en hors-sol produisant de la tomate en région nantaise. Dans ces contextes, on peut se retrouver avec des sols où il devient impossible de trouver le moindre ver de terre, et le redéveloppement des populations est alors très long.

Projet de reproduction de vers de terre

Pour répondre à cette difficulté, un tas de reproduction de vers de terre a été mis en route quelques mois auparavant. L’objectif est d’obtenir suffisamment de vers de terre pour pouvoir les réintroduire ensuite dans les substrats de compost.

Les espèces évoquées sont surtout des épigés, ainsi que quelques autres espèces. Les épigés sont particulièrement recherchés parce qu’ils se reproduisent vite.

Il est précisé qu’ils ne sont pas les plus efficaces pour travailler le sol en profondeur, mais qu’ils restent utiles pour la minéralisation. Ils pourraient donc constituer un bon palliatif pendant la première ou la deuxième année, à condition de disposer d’une irrigation très régulière et de maintenir des sols bien humides.

Un vrai suivi de recherche et développement

Depuis une dizaine d’années, des stratégies d’apports massifs pour la reconstruction biologique des sols ont déjà été développées, mais il n’avait pas encore été possible de mettre en place un suivi vraiment rigoureux et complet.

Aux Serres de Marcel, l’ambition est donc d’engager un véritable travail de recherche et développement sur ce sujet.

L’idée est de réaliser un bilan strict, serré et complet de l’activité biologique du sol avant les apports, puis de suivre son évolution pendant deux à trois ans. Ce suivi devrait comprendre :

  • des analyses de sol régulières, peut-être tous les trois à six mois ;
  • des comptages de vers de terre ;
  • des mesures de reliquats ;
  • des slake tests pour observer la reprise de la résistance du sol à l’érosion par l’eau.

L’objectif est de documenter sérieusement le redéveloppement de l’activité biologique, ce qui n’avait encore jamais été fait de manière aussi complète dans ce type d’opération.

Conclusion et prochaine vidéo

La vidéo se termine sur cette présentation des triples chapelles et de la stratégie envisagée pour leur remise en culture.

Dans la prochaine vidéo, il est annoncé que la visite se poursuivra du côté des tunnels fraisiers. Charles y présentera également un projet de recherche et développement portant sur la mise en place de cultures en tuilage, avec pour objectif de rentabiliser au maximum les cultures et les outils de production.