Le décorçage : observer et contempler le bois vivant !

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Dans cette vidéo, David Lahaye** présente la technique du **décorçage** sur la vigne, un outil d’observation qui consiste à retirer l’écorce morte pour révéler le **bois vivant** et mieux lire l’état réel du cep. Cette méthode permet de visualiser l’historique des tailles, les zones fonctionnelles, les abandons cellulaires et l’ampleur du bois mort causé par des coupes répétées ou mal placées. À travers de nombreux exemples en Savoie, Alsace, Beaujolais, Champagne ou en Suisse, il montre que beaucoup de vignes dépérissent moins par l’âge que par les conséquences de la taille. Le décorçage met ainsi en évidence l’importance du **cambium**, de la circulation vasculaire et de la surface foliaire dans la vitalité de la plante. Au-delà du diagnostic, la vidéo invite surtout à **observer, comprendre et contempler le bois vivant** pour repenser durablement la conduite de la vigne.

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Résumé
Dans cette vidéo, David Lahaye** présente la technique du **décorçage** sur la vigne, un outil d’observation qui consiste à retirer l’écorce morte pour révéler le **bois vivant** et mieux lire l’état réel du cep. Cette méthode permet de visualiser l’historique des tailles, les zones fonctionnelles, les abandons cellulaires et l’ampleur du bois mort causé par des coupes répétées ou mal placées. À travers de nombreux exemples en Savoie, Alsace, Beaujolais, Champagne ou en Suisse, il montre que beaucoup de vignes dépérissent moins par l’âge que par les conséquences de la taille. Le décorçage met ainsi en évidence l’importance du **cambium**, de la circulation vasculaire et de la surface foliaire dans la vitalité de la plante. Au-delà du diagnostic, la vidéo invite surtout à **observer, comprendre et contempler le bois vivant** pour repenser durablement la conduite de la vigne.

Le décorçage consiste à retirer les anciennes couches de "rythidome" que constitue l'écorce.


Il s'agit par la suite de nettoyer scrupuleusement les résidus de liège présent sur "l'assise-subérogène", et d’exhumer ainsi tous les détails et les subtilités du bois vivant.



Pour nourrir l'inspiration, exercer l'œil à discerner le bois mort, et s'émerveiller devant l'incroyable persistance du vivant !


Pour en savoir plus sur la construction de la résilience de la vigne : https://architecteduvivant.fr/



Présentation de la technique du décorçage

David Lahaye présente ici la technique du décorçage sur la vigne, qu’il a mise au point il y a environ trois ans et qu’il applique sur le terrain depuis deux ans. Cette pratique lui sert aussi de support pédagogique dans le cadre des contenus proposés avec Ver de terre Production et les Architectes du vivant.

Le décorçage consiste à révéler les parties vivantes et les parties mortes du cep, ce qui n’est pas toujours évident à distinguer au premier coup d’œil sur une vigne.

Ce que l’on enlève lors du décorçage

Le cep de vigne produit une écorce constituée d’un millefeuille de ritidome. Le ritidome correspond à la pellicule extérieure rejetée par la plante chaque année : c’est l’ancienne assise subérogène, devenue morte et externe.

Ce feuilletage extérieur peut être retiré sans nuire à la plante, à condition de s’arrêter à la dernière couche vivante, appelée ici le suber. Après décorçage, cette couche présente un aspect :

  • brut,
  • liégeux,
  • très net visuellement.

Pour la faire ressortir davantage, il est possible de :

  • la nettoyer à l’eau,
  • utiliser une brosse à dents très fine,
  • rincer,
  • faire apparaître sa couleur luisante naturelle.

David Lahaye insiste sur le fait que cette couleur est parfaitement naturelle et qu’il n’y a aucun trucage. Il compare cet aspect à celui d’une paille de blé, naturellement propre et brillante lorsqu’elle n’a pas été oxydée ni exposée au soleil.

Observer l’historique de taille grâce au décorçage

Le décorçage permet de lire beaucoup plus clairement :

  • l’historique des coupes,
  • l’historique des plaies de taille,
  • les zones abandonnées par la plante,
  • les volumes de bois morts,
  • les axes encore fonctionnels.

Sur un cordon de gamay de Savoie âgé de 40 ans, observé chez Corentin Ouillon, David Lahaye montre qu’il est possible de retracer les réductions successives et les choix de taille passés. Même si certaines réductions ont été malheureuses, l’ensemble reste selon lui récupérable. Le cep n’est pas mort et peut encore bien repartir à condition de bien le comprendre.

Dans d’autres exemples, le décorçage rend visibles des longueurs entières de bois abandonnées dans la plante. Il s’agit d’abandons cellulaires liés à des coupes jugées oxydantes.

Montrer ce qui ne se voit pas à l’œil nu

Sans décorçage, on peut parfois soupçonner la présence de ce qui était autrefois appelé des cônes de dessèchement ou de bois morts, mais il reste difficile de savoir jusqu’où la mortalité s’étend réellement dans la plante.

Le décorçage permet au contraire de voir beaucoup plus précisément :

  • la direction des dessèchements,
  • les continuités de bois mort,
  • les zones encore alimentées,
  • les conséquences d’anciennes coupes.

Cette lecture est particulièrement parlante sur des ceps conduits en Guyot, par exemple en Alsace, où la hauteur des pieds rend les erreurs de taille très visibles lorsqu’elles s’accumulent.

Les conséquences des réductions répétées

David Lahaye insiste sur un point : l’obsession de rester sous le fil et de rabattre sans cesse la vigne conduit à des gestes répétés qui font mourir des pans entiers de la plante.

Dans plusieurs exemples alsaciens, il montre des ceps où l’on peut suivre :

  • une coupe ancienne,
  • sa dessication progressive,
  • puis sa descente dans la partie basse de la plante.

Chaque année, une nouvelle plaie de taille provoque un dessèchement qui descend. À force de répétition, on obtient des ceps relativement jeunes — parfois pas plus de 25 ans — dont les deux tiers à trois quarts de la masse sont déjà non fonctionnels.

Il précise qu’il n’invente rien : ce sont des observations de parcelle.

Le cas du Guyot avec baguette sur baguette

Dans certains systèmes en Guyot, on utilise une baguette, puis l’année suivante on repart à nouveau sur cette même zone avant de réduire et de reprendre un gourmand qui servira encore ensuite. Ce mode de conduite conduit à réduire tous les deux ans un bois de quatre ans.

Le décorçage permet alors de distinguer :

  • la plaie de taille de 4 ans d’il y a deux ans,
  • la plaie plus récente,
  • la quantité de bois mort accumulée,
  • ce qui est déjà en train de mourir.

L’intérêt du décorçage est ici de donner à voir, très concrètement, la dynamique du dépérissement structurel.

Le cas des gobelets du Beaujolais

Dans le Beaujolais, sur des gobelets, David Lahaye montre aussi des exemples plus satisfaisants. Sur une seule chandelle de gobelet, il observe :

  • des traumatismes,
  • des chicanes dans les circulations,
  • des passages parfois compliqués pour le cambium,

mais malgré cela, une relative acceptation de l’allongement et donc une conservation plus importante de bois vivant.

Dans certains cas, l’épaisseur de ritidome expulsé est très faible. Cela traduit une faible vigueur, liée selon lui à un manque de surface foliaire. Quand il y a trop peu de feuilles, l’activité cambiale ne permet pas de gagner suffisamment en masse chaque année. Malgré cela, tant que le cep reste vivant, il y a encore moyen de corriger et de faire mieux.

La “tête de saule” et ses limites

David Lahaye revient sur un exemple alsacien qu’il connaît bien, une parcelle qu’il taille depuis deux ans mais qu’il a récupérée dans un état représentatif de la moyenne de la parcelle. Il s’agit d’un pinot auxerrois planté en 1992.

Avant décorçage, le cep correspond exactement au standard attendu d’un pied alsacien : une tête de saule bien ronde, sur laquelle on revient chaque année. Il n’y a même pas forcément eu de réduction franche.

Mais après décorçage, le constat est tout autre : il ne reste qu’environ un quart de la masse réellement fonctionnelle. Au bout d’un moment, il devient même très difficile de retrouver des coursons exploitables pour redescendre proprement.

David Lahaye précise que ce cep n’avait plus eu de plaie de taille de deux ans depuis qu’il l’avait repris, et qu’il a depuis recommencé à repartir.

Le cambium au centre de l’enjeu

Pour David Lahaye, l’enjeu réel de la taille est clair : garantir le cambium.

Conserver le cambium, c’est conserver :

  • du bois vivant,
  • de la masse,
  • des capacités de progression,
  • des réserves d’une année sur l’autre.

Le cambium correspond à une activité vivante de construction vasculaire. Ce sont des cellules, des vaisseaux, une organisation conductive. Cette vie du bois dépend directement de l’alimentation fournie par les feuilles, donc de :

  • l’énergie solaire,
  • les sucres,
  • le produit de la photosynthèse.

Il insiste aussi sur une idée importante : le vivant n’est pas homogène. Dans un même cep, certaines zones sont très vigoureuses, avec une forte épaisseur cambiale et des vaisseaux bien alignés, alors que d’autres zones sont à la frontière entre mort et vivant, avec des vaisseaux plus circonvolués et une organisation moins nette.

S’émerveiller du bois vivant

Une partie importante du propos consiste à déplacer le regard. Devant ses photos, beaucoup demandent d’abord : « qu’est-ce qu’il y a comme bois mort ? », « est-ce de la maladie ? », « est-ce pathogène ? ».

David Lahaye propose au contraire de regarder d’abord le fait que le cep est vivant. Pour lui, le problème n’est pas simplement la mort ; la solution est dans le vivant. Il dit qu’il faut s’en émerveiller, et qu’esthétiser le sujet est important.

Le bois vivant, ce sont :

  • des tissus vasculaires,
  • des cellules,
  • un système alimenté par les feuilles,
  • une construction en lien direct avec la photosynthèse.

La réorientation vasculaire

Le décorçage permet aussi de visualiser ce que David Lahaye appelle la réorientation vasculaire.

Dans certains ceps, on observe un cambium très actif sur certaines zones parce que, dans l’architecture du moment, ce sont elles qui alimentent la baguette ou le courson qui porte le plus de feuilles. Cette alimentation différenciée crée des contrastes dans le bois vivant.

Dans l’exemple montré :

  • une partie du cep était connectée à la baguette de l’année précédente ;
  • une autre partie était connectée à une extrémité plus basse, avec un courson.

En remontant dans la plante, on peut voir que les vaisseaux connectés à la baguette sont plus vigoureux, plus dynamiques et mieux alimentés en énergie que ceux reliés au courson inférieur.

Cette différence de vigueur au sein même du bois vivant illustre la différenciation vasculaire dans la plante.

La réalité la plus fréquente en parcelle

David Lahaye rappelle que, sur le terrain, on rencontre surtout des ceps de 20 à 30 ans, rarement au-delà de 40 ans, non pas parce qu’ils seraient naturellement condamnés, mais parce qu’on les arrache lorsqu’ils dépérissent.

Or, selon lui, ils dépérissent souvent à cause de conséquences très lourdes liées à la taille.

Dans certains cas, on retrouve encore une fois trois quarts de bois mort par réductions successives. Malgré cela, il tient un discours optimiste : tant que le bois n’exprime pas de maladie et qu’il n’y a pas d’apoplexie visible sur les feuilles pendant la saison de pousse, ces ceps sont encore parfaitement rattrapables.

S’il n’y a pas de coincement vasculaire ni de strangulation, le bois peut reprendre du diamètre, reprendre de la masse, à condition de cesser d’accumuler les gestes qui l’ont affaibli pendant plus de vingt ans.

Lire l’histoire d’un cep ancien

Sur un pinot auxerrois planté en 1976, David Lahaye décrit un historique plus long. Le cep a connu le gel de 1985, puis plusieurs réductions successives :

  • une première structure ancienne,
  • une réduction au milieu des années 1990,
  • une nouvelle réduction au milieu des années 2000.

La partie desséchée visible aujourd’hui ne correspond pas, selon lui, à un recepage reparti du bas, comme certains pourraient le croire. En réalité, le redémarrage s’est fait depuis plus haut, sur un courson plus bas à l’intérieur de la structure existante. Seuls les vaisseaux connectés à ce courson ont survécu ; tout le reste est mort.

Il rappelle ici une idée forte de sa lecture physiologique : la plante ne cicatrise pas. Elle ne sait que dessécher. Si l’on coupe des vaisseaux conducteurs, le dessèchement descend jusqu’à la base de ces vaisseaux.

Le décorçage est-il dangereux pour la plante ?

David Lahaye explique qu’au début, il s’est demandé si le décorçage pouvait nuire à la plante, notamment en modifiant son isolation thermique ou son débourrement.

À l’usage, il dit n’avoir rien constaté de particulier en parcelle. Il montre un cep décorcé l’année précédente, puis observé l’année suivante :

  • le ritidome visible est la nouvelle assise subérogène expulsée ;
  • une nouvelle couche s’est reformée normalement ;
  • le cep est resté en parfaite santé ;
  • il a produit normalement.

Son observation de terrain est donc qu’il ne constate pas d’effet problématique visible.

Dominance vasculaire et abandon d’un côté de la plante

Une autre photo lui permet d’illustrer ce qui arrive lorsqu’une partie vasculaire cesse d’être alimentée.

Sur ce cep, il existait deux zones vivantes :

  • l’une connectée à une ancienne baguette d’un côté ;
  • l’autre connectée à une autre baguette située à l’opposé.

L’année suivante, les deux nouvelles baguettes ont été faites du même côté, à partir d’un courson. Le côté opposé n’a donc plus reçu d’alimentation. David Lahaye estime que cette partie va probablement mourir à son tour.

Pour lui, c’est exactement l’image de ce qui se passe très souvent : on abandonne systématiquement le meilleur de la plante parce qu’il est trop haut, et on conserve le moins bon parce qu’il est plus bas. Il y voit une obsession géométrique et un non-sens physiologique.

Un exemple très abouti en taille Poussard

David Lahaye montre ensuite un cas qu’il considère comme presque le nec plus ultra de la taille Poussard.

Il s’agit d’un pinot blanc en Alsace où l’on a accepté un allongement pendant environ 12 à 14 ans. On y voit :

  • d’anciens cônes de dessèchement,
  • puis un passage plus récent à la méthode d’Éric Séguin / Simonit & Sirch ? — non, ici le propos cité mentionne surtout une évolution vers une coupe au-dessus de l’insertion du bois conservé, dans l’esprit d’une coupe plus respectueuse —,
  • une meilleure conservation du cep et des réserves,
  • moins de dessèchements immédiats.

Le principe expliqué est de couper au-dessus de l’insertion du bois conservé, plutôt que de chercher à revenir trop près. Cela améliore les choses, mais ne résout pas tout.

Il souligne surtout un autre point : la rotation phyllotaxique. En avançant non pas sur le premier œil du bas, mais sur le deuxième, on peut continuer à avancer plus droit d’année en année. Le cep part moins sur le côté, ce qui évite d’être contraint à le réduire.

Cela donne des ceps qui s’élargissent, ce qui ne plaît pas toujours au viticulteur, mais qui fonctionne mieux physiologiquement.

Il précise toutefois que, pour aller encore plus loin physiologiquement, il faudrait renoncer à couper les extrémités.

Le rôle du point de greffe comme protection relative

David Lahaye présente aussi un cep haut de tige, avec une partie américaine et un bourrelet plus haut que le sol. Ce cep permet de suivre très nettement les conséquences des coupes mutilantes.

Des coupes âgées de cinq à six ans conduisent des colonnes de bois mort qui descendent profondément. Il note ici que le bourrelet de greffe joue souvent un rôle de protection entre les dessèchements de la partie aérienne et la partie racinaire, mais pas à n’importe quel prix.

Lorsque certaines connexions directes se maintiennent dans le bois, cette protection devient insuffisante. Dans ce cas, les conséquences des gestes de coupe peuvent descendre jusqu’aux racines. Il parle alors de colonnes de bois non fonctionnel de plusieurs mètres.

Un exemple exceptionnel en Champagne

En Champagne, sur des vignes conduites entre cordon champenois et Chablis, David Lahaye montre une vigne de pinot noir de 60 ans qui l’inspire particulièrement.

La parcelle compte plusieurs manquants dans le rang. Un cep, prenant en quelque sorte la place de quatre pieds, se porte remarquablement bien :

  • excellente expression foliaire,
  • réserve gigantesque,
  • vigueur supérieure à celle de ses voisins.

Pour lui, ce cep montre qu’en l’absence de réductions répétées, si l’on accepte l’allongement et l’accumulation de bois, on peut obtenir une vigueur exceptionnelle. Il résume l’idée ainsi : parfois, le bien est un peu un sous-produit du mal, c’est-à-dire qu’un pied qu’on n’a pas pu contraindre selon la méthode scolaire se révèle finalement meilleur.

La taille en tire-bouchon du Valais suisse

La vidéo se termine sur ce que David Lahaye considère comme les exemples les plus remarquables, observés en Suisse, dans le Valais, chez Marie-Thérèse Chappaz.

Il y présente une taille ancestrale suisse, dite taille en tire-bouchon. Il s’agit de gobelets avec cornes, mais au lieu de monter droites, les cornes tournent avec la plante.

Le principe est simple :

  • les bourgeons tournent naturellement ;
  • on peut chercher à les contrarier pour avancer droit ;
  • ou accepter ce mouvement et tourner avec la plante.

C’est ce second choix qui a été fait ici.

Même si tout n’est pas parfait et qu’il existe encore quelques coupes de deux ans, le fait d’accepter cette rotation permet un allongement latéral, non vertical, donc beaucoup plus gérable. Cela rend possible une continuité sur des décennies, voire sur plusieurs générations.

Comprendre la rotation des yeux

Sur la marsanne, la rotation observée est d’environ 60° par an. Il faut donc environ sept années pour faire un tour complet de 360°.

David Lahaye explique que :

  • si l’on prend chaque année le premier œil par rapport au premier œil de l’année précédente, on tourne toujours dans le même sens ;
  • si l’on prend le deuxième œil sur le deuxième œil, on avance plus droit ;
  • si l’on alterne autrement, on peut tourner dans l’autre sens.

Cette lecture est encore de la géométrie, mais une géométrie mise au service du fonctionnement vivant. Selon lui, lorsque le bois s’allonge, il reste flexible. À l’inverse, un cep qui grossit au même endroit sans avancer devient inamovible.

Des ceps presque centenaires encore productifs

Dans le Valais, David Lahaye montre plusieurs exemples spectaculaires :

  • une marsanne plantée en 1924, donc âgée de 98 ans au moment de l’observation ;
  • un autre cep avec environ dix rotations complètes, soit environ 70 ans visibles rien que dans cette organisation tournante ;
  • un vieux gobelet de 99 ans transformé et couché pour optimiser l’espace le long d’un mur.

Ces ceps, parfois hauts de seulement 55 cm, témoignent selon lui d’un fonctionnement durable, rendu possible par :

  • la conservation du bois vivant,
  • l’absence de réductions destructrices,
  • l’accumulation de réserves,
  • l’utilisation intelligente des propriétés naturelles de la plante.

Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas forcément de dire qu’il faut faire partout exactement comme cela, mais qu’il faut au moins savoir que c’est possible.

Le cas d’un ancien gobelet transformé

Le dernier exemple montre un ancien gobelet à trois porteurs, lui aussi presque centenaire, placé près d’un muret. Pour optimiser l’espace, il a été couché et conduit contre le mur.

David Lahaye distingue :

  • une ancienne spirale correspondant aux premières décennies ;
  • puis une évolution plus récente ;
  • enfin une transformation d’un gobelet simple en double cordon.

Auparavant, le cep n’avait que deux rameaux alimentant une partie donnée. Après transformation, il porte environ :

  • cinq porteurs d’un côté,
  • cinq porteurs de l’autre.

Autrement dit, la surface foliaire alimentant le système a été multipliée, ce qui a augmenté d’autant :

  • la mise en réserve,
  • la prise de masse du bois,
  • la vigueur au redémarrage,
  • le développement racinaire,
  • la résilience.

Pour David Lahaye, ce n’est pas de la magie, mais simplement l’application des lois physiques du fonctionnement de la plante : capter du soleil, le stocker, prendre de la masse, redémarrer plus fort.

Idée générale

À travers tous ces exemples, le décorçage apparaît comme un outil d’observation du bois vivant. Il permet de voir ce que les pratiques de taille font réellement à la plante, année après année.

Le message central de David Lahaye est double :

  • beaucoup de ceps dépérissent moins par fatalité que par accumulation de gestes de taille inadaptés ;
  • tant qu’un cep conserve du bois vivant, du cambium fonctionnel et des réserves, il existe souvent une possibilité de reprise.

Au fond, le décorçage sert ici à apprendre à mieux regarder la vigne : non seulement pour constater les dégâts, mais aussi pour contempler la vitalité, l’architecture et les capacités de résilience du bois vivant.