Une semence est un organe végétal destiné à produire une nouvelle culture : le plus souvent une graine, issue de la reproduction sexuée, mais aussi un organe de multiplication végétative (tubercule, bouture, rhizome, greffon) qu'on appelle alors plutôt « plant ». Le choix de la semence engage la culture dès le départ. Il fixe son potentiel génétique (rendement, qualité, résistances, cycle), et le lot lui-même détermine son état sanitaire et sa capacité à lever. Cet article présente les notions utiles à l'agriculteur pour choisir, produire, préparer et évaluer ses semences.
Espèce, variété et type
L'espèce
L'espèce est l'unité de base de la classification botanique. Elle est désignée par un nom latin en deux parties, le genre puis l'épithète : Triticum aestivum (blé tendre), Zea mays (maïs), Brassica napus (colza). Deux plantes de la même espèce peuvent en principe se croiser et donner une descendance fertile.
Le vocabulaire courant cache parfois des espèces différentes derrière des noms proches. Le blé tendre (T. aestivum) et le blé dur (T. turgidum subsp. durum) sont deux espèces distinctes, qui ne se croisent pas facilement et n'ont ni les mêmes débouchés ni les mêmes itinéraires. L'avoine cultivée (Avena sativa) et l'avoine rude ou brésilienne (A. strigosa), très utilisée en couvert, sont aussi deux espèces. À l'inverse, le colza d'hiver et le colza de printemps appartiennent à la même espèce.
La variété
La variété (ou cultivar) est un « ensemble végétal d'un taxon botanique du rang le plus bas connu » (définition de l'UPOV). Il s'agit d'un groupe de plantes, au sein d'une espèce, défini par des caractères qui proviennent d'un génotype donné. La variété doit pouvoir être distinguée des autres et reproduite à l'identique.
En France et dans l'Union européenne, une variété d'une espèce réglementée doit être inscrite au Catalogue officiel pour que ses semences soient commercialisées. L'inscription est examinée par le CTPS (Comité technique permanent de la sélection) sur la base d'essais conduits par le GEVES. Elle repose sur deux séries d'épreuves. La première est l'épreuve DHS, pour Distinction (la variété se distingue de toutes les variétés connues), Homogénéité (les plantes d'un lot sont suffisamment semblables) et Stabilité (la variété reste identique d'une génération de multiplication à l'autre). La seconde, pour les espèces de grande culture, est la VATE (valeur agronomique, technologique et environnementale) : la variété doit apporter un progrès par rapport aux variétés témoins sur le rendement, la qualité, les résistances ou d'autres critères. Une variété inscrite dans un État membre figure au Catalogue commun européen et peut être vendue dans toute l'Union.
L'inscription ne se confond pas avec la protection. Le Certificat d'obtention végétale (COV, national ou communautaire) est un droit de propriété intellectuelle accordé à l'obtenteur, généralement pour 25 à 30 ans selon les espèces. Une variété peut être inscrite sans être protégée, et une variété dont la protection a expiré tombe dans le domaine public. Cette distinction compte pour les semences de ferme (voir plus bas).
Types, groupes et catégories intermédiaires
Entre l'espèce et la variété, les professionnels utilisent des regroupements pratiques : colza « double zéro » (pauvre en acide érucique et en glucosinolates), tournesol oléique ou linoléique, orge à deux ou à six rangs, blé améliorant, panifiable ou biscuitier, maïs corné ou denté. Ces catégories ne sont pas botaniques, mais elles déterminent souvent le débouché et le contrat.
Mélanges variétaux et matériel hétérogène
Semer plusieurs variétés d'une même espèce en mélange est une pratique répandue, en blé tendre notamment. Elle vise à diluer la pression des maladies et à stabiliser le rendement. Les variétés associées doivent avoir une précocité et une hauteur compatibles, et la qualité du lot récolté doit rester acceptable pour l'organisme collecteur.
Depuis 2022, le règlement européen sur l'agriculture biologique autorise aussi la commercialisation de matériel hétérogène biologique. Il s'agit de populations volontairement diversifiées qui ne répondent pas aux critères d'homogénéité et de stabilité du DHS et qui font l'objet d'une simple notification.
La précocité
Plusieurs précocités
Le mot « précocité » désigne la rapidité avec laquelle une variété atteint un stade donné. Il faut donc toujours préciser de quel stade on parle, car une même variété peut être précoce à un stade et tardive à un autre. Pour les céréales à paille, on distingue la précocité à montaison (stade épi 1 cm), la précocité à épiaison et la précocité à maturité. Deux notions voisines s'y ajoutent. L'alternativité est l'aptitude d'une variété à monter à épi sans passer par une période de froid (vernalisation) ; une variété alternative peut être semée tard en automne ou au printemps. La sensibilité à la photopériode désigne la dépendance à la longueur du jour.
La précocité résulte surtout de l'accumulation de températures (sommes de degrés-jours au-dessus d'une température de base), modulée par la vernalisation et la photopériode. Elle se décale donc d'une année à l'autre et selon la date de semis. Le classement relatif entre variétés reste en revanche assez stable.
Repères par culture
| Culture | Indicateurs de précocité | Remarques |
|---|---|---|
| Blé, orge | Notes de précocité à épiaison et à montaison, alternativité (souvent sur des échelles de 1 à 9) | Une variété précoce à montaison semée tôt s'expose davantage au gel de l'épi |
| Maïs | Indice FAO, classes de précocité (très précoce à tardif), sommes de températures en base 6 °C jusqu'à 32 % de matière sèche (ensilage) ou jusqu'à la maturité du grain | Le choix conditionne l'humidité à la récolte, donc le coût de séchage |
| Tournesol | Classes de très précoce à demi-tardif | Une variété tardive récoltée plus tard, à l'automne, risque davantage les maladies de fin de cycle et une récolte humide |
| Soja | Groupes de maturité (000, 00, 0, I, II…) | Les groupes 000 et 00 conviennent au nord de la Loire, les groupes I et II au sud |
| Colza | Précocité à la reprise, élongation automnale, précocité à floraison et à maturité | Une élongation automnale trop forte augmente la sensibilité au froid |
| Couverts | Précocité à floraison | Une variété tardive produit plus longtemps de la biomasse avant de fleurir et réduit le risque de grenaison |
Choisir sa précocité
Le choix de la précocité répond à plusieurs logiques, parfois contradictoires. La première est l'esquive. Une variété précoce accomplit son remplissage avant les stress de fin de cycle (échaudage, sécheresse de juin). C'est souvent un atout en sols superficiels et dans le sud. La deuxième est la valorisation du cycle. Une variété plus tardive exploite une saison plus longue et offre un potentiel supérieur si l'eau et la température le permettent. La troisième tient à l'organisation du système. Une récolte précoce libère la parcelle plus tôt pour un couvert d'interculture ou une culture dérobée, étale les chantiers et, en maïs grain, réduit les frais de séchage. Enfin, la précocité doit être cohérente avec la date de semis : on sème en général les variétés les plus tardives et les moins alternatives en premier.
En couverts d'interculture, la question se pose à l'envers : on cherche souvent des variétés tardives à fleurir. Elles produisent davantage de biomasse et ne risquent pas de grainer et de salir la parcelle avant la destruction.
Les caractéristiques recherchées
Le choix variétal consiste à trouver un compromis entre plusieurs caractères, et la hiérarchie dépend du contexte pédoclimatique, du débouché et du système de culture.
Productivité et régularité. Le rendement moyen compte moins que sa stabilité d'une année et d'un milieu à l'autre. Il vaut mieux s'appuyer sur des résultats pluriannuels et multilocaux (essais post-inscription des instituts techniques et des réseaux régionaux) que sur un seul essai.
Qualité. Selon les espèces, on regarde la teneur en protéines, la force boulangère (W), le poids spécifique, la teneur et la composition en huile, la valeur énergétique et la digestibilité pour les fourrages, ou la sensibilité aux mycotoxines (fusariose sur blé dur et sur maïs). Pour les cultures sous contrat, la liste des variétés acceptées par l'acheteur prime souvent.
Résistances aux maladies et aux ravageurs. Elles sont généralement exprimées par des notes, de 1 (très sensible) à 9 (très résistant) dans les grilles officielles. Il faut distinguer deux types de résistances. Les résistances monogéniques (un gène majeur, par exemple le gène Rlm7 du colza contre le phoma) sont très efficaces mais peuvent être contournées lorsqu'une nouvelle race du pathogène apparaît. L'histoire de la rouille jaune du blé en offre plusieurs exemples. Les résistances polygéniques ou quantitatives sont partielles mais plus durables. Il faut aussi distinguer la résistance, qui limite le développement du pathogène, de la tolérance, qui limite la perte de rendement malgré l'infection. En colza, la résistance au virus de la jaunisse du navet (TuYV) est devenue un critère important depuis la disparition des insecticides de semences. Diversifier les variétés et les sources de résistance à l'échelle de l'exploitation aide à préserver leur efficacité.
Tolérance aux stress abiotiques. Elle concerne la résistance au froid (colza, céréales d'hiver, féverole et pois d'hiver), le comportement en conditions sèches et la tolérance à l'échaudage.
Architecture de la plante. La hauteur et la résistance à la verse conditionnent le recours aux régulateurs. Le pouvoir couvrant et le port des feuilles jouent sur la compétitivité face aux adventices. La résistance à l'égrenage compte pour le colza et les protéagineux, et la hauteur d'insertion des premières gousses pour le soja et la lentille.
Biomasse et système racinaire. Pour les couverts et les fourrages, on recherche la vitesse d'implantation, la production de biomasse, le rapport C/N, la profondeur d'enracinement et, en association, la compatibilité avec les autres espèces (port, précocité, agressivité).
Traits particuliers. Certaines variétés tolèrent une famille d'herbicides ; ce sont les VTH, issues de mutagenèse, en tournesol et en colza. D'autres ont une aptitude au semis tardif, résistent à la germination sur pied ou supportent des débouchés spécifiques.
Les fiches des obtenteurs donnent une première information. Les notes officielles et les essais post-inscription d'Arvalis, de Terres Inovia et des réseaux régionaux ont l'avantage de comparer les variétés entre elles dans des conditions identiques.
Les types de variétés
Le type de variété dépend d'abord du mode de reproduction de l'espèce. Les espèces autogames se fécondent surtout elles-mêmes (blé, orge, avoine, pois, soja, lentille, lin). Les allogames se fécondent surtout par croisement (maïs, seigle, tournesol, luzerne, graminées fourragères). D'autres espèces sont partiellement allogames : environ un tiers d'allofécondation chez le colza, et souvent davantage chez la féverole. Enfin, certaines espèces se multiplient par voie végétative (pomme de terre, vigne, arbres fruitiers).
Lignées pures
Chez les autogames, l'autofécondation répétée aboutit à des plantes presque entièrement homozygotes. Une variété lignée pure est donc un ensemble de plantes quasi identiques dont la descendance reproduit fidèlement les caractères. C'est le cas de la plupart des variétés de blé, d'orge, de pois ou de soja. Une lignée peut être ressemée plusieurs années sans perdre ses caractères génétiques. Sa pureté peut toutefois se dégrader par des mélanges mécaniques (moissonneuse, trémie, stockage), par des croisements chez les espèces partiellement allogames et par l'accumulation de maladies transmises par la semence.
Le terme de « lignée » est aussi employé, par opposition à « hybride », pour les variétés de colza non hybrides, qui sont en réalité des populations assez homogènes.
Variétés populations
Une variété population est un ensemble hétérogène de plantes qui se croisent librement entre elles. Elle est maintenue par sélection massale : on garde les meilleures plantes ou les graines de la parcelle. Elle évolue d'une génération à l'autre et s'adapte au milieu où on la cultive. Les variétés anciennes de maïs, les seigles populations, les variétés de pays et les populations paysannes relèvent de ce type. Elles sont moins homogènes et en général moins productives que les hybrides dans les conditions optimales, mais elles sont ressemables et offrent une diversité intéressante face aux aléas.
Variétés synthétiques
Une variété synthétique est obtenue en croisant entre eux, dans toutes les combinaisons, un nombre défini de composants (clones ou lignées). Ces composants sont choisis pour leur aptitude à bien se combiner. La semence commerciale correspond à un nombre limité de générations de multiplication, notées Syn1, Syn2, etc. C'est le type dominant chez les fourragères allogames : luzerne, trèfle violet, ray-grass, fétuque, dactyle. Si l'on ressème une synthétique, la variété dérive progressivement et perd une partie de sa vigueur et de ses caractéristiques.
Hybrides

Une variété hybride (dite F1) est la première génération issue du croisement de deux parents génétiquement différents, généralement des lignées fortement consanguines. Elle bénéficie de l'hétérosis, ou vigueur hybride : sa descendance est plus vigoureuse et plus productive que la moyenne des parents, et le lot est très homogène. On distingue l'hybride simple (A × B), le plus courant en maïs, l'hybride trois voies ((A × B) × C) et l'hybride double ((A × B) × (C × D)), moins homogènes mais moins coûteux à produire.
La production d'hybrides impose d'empêcher l'autofécondation du parent femelle. Plusieurs techniques existent : la castration mécanique par écimage de la panicule en maïs, la stérilité mâle cytoplasmique associée à des gènes restaurateurs de fertilité (tournesol, colza avec le système Ogura, orge hybride), ou des agents chimiques d'hybridation (blé hybride). Ces contraintes expliquent le prix élevé des semences hybrides. Les hybrides dominent en maïs, tournesol, sorgho et betterave, et progressivement en colza. Ils restent marginaux en orge et en blé.
Clones
Chez les espèces multipliées par voie végétative, la variété est un clone : toutes les plantes sont génétiquement identiques à une plante mère. C'est le cas des pérennes comme la vigne (clones sélectionnés et porte-greffes), les arbres fruitiers, le miscanthus (multiplié par rhizomes car stérile) ou le fraisier. La pomme de terre, bien qu'annuelle, fonctionne aussi ainsi, tout comme l'ail et l'échalote. La génétique est parfaitement stable. En revanche, le principal enjeu est sanitaire : les virus et certaines bactéries se transmettent intégralement au plant, d'où l'importance de la certification des plants.
« Pollinisation libre » : un terme générique
L'expression pollinisation libre (en anglais open pollinated, OP) ne désigne pas un type de variété à part. Elle regroupe toutes les variétés non hybrides dont la descendance reproduit globalement les caractères du parent quand elle est multipliée isolément, soit les populations, les synthétiques et, par extension, les lignées. On l'emploie surtout pour distinguer les variétés « ressemables » des hybrides.
Tableau récapitulatif
| Type | Espèces concernées | Homogénéité | Ressemable ? | Exemples |
|---|---|---|---|---|
| Lignée pure | Autogames | Très forte | Oui, sous réserve de pureté et d'état sanitaire | Blé, orge, pois, soja |
| Population | Allogames | Faible à moyenne | Oui, la variété évolue | Seigle, maïs population, variétés paysannes |
| Synthétique | Allogames, surtout fourragères | Moyenne | Déconseillé, la variété dérive | Luzerne, ray-grass, trèfle |
| Hybride F1 | Allogames surtout | Très forte | Non (voir la section suivante) | Maïs, tournesol, colza hybride |
| Clone | Multiplication végétative | Totale | Oui génétiquement, avec un risque sanitaire | Vigne, pomme de terre, miscanthus |
Les générations d'hybrides
La semence d'hybride achetée est la génération F1. Si l'on ressème le grain récolté sur une culture hybride, on obtient la génération F2, qui pose plusieurs problèmes.
Ségrégation des caractères. Les gènes des deux parents se recombinent selon les lois de Mendel. Les plantes F2 deviennent très hétérogènes en hauteur, en précocité, en date de floraison et en résistances. Des résistances monogéniques présentes à l'état hétérozygote dans la F1 disparaissent chez une partie des plantes.
Perte d'hétérosis. En moyenne, environ la moitié de la vigueur hybride est perdue dès la F2. Chez le maïs, les pertes de rendement de la F2 par rapport à la F1 atteignent souvent 20 à 40 % selon les études. L'hétérogénéité de maturité complique en outre la récolte et le séchage.
Stérilité mâle. Chez les hybrides produits grâce à une stérilité mâle cytoplasmique (tournesol, colza), toutes les plantes F2 héritent du cytoplasme stérilisant. Une partie d'entre elles, de l'ordre d'un quart, ne reçoit pas le gène restaurateur et ne produit pas de pollen fonctionnel. La pollinisation de la parcelle s'en trouve dégradée.
Ce phénomène explique aussi le comportement des repousses de colza hybride dans les cultures suivantes : ce sont des plantes F2, hétérogènes, qui peuvent perturber la pureté d'un colza semé ensuite sur la parcelle.
Le mot « génération » s'emploie par ailleurs dans un sens différent en certification, pour désigner les étapes successives de multiplication d'une variété (pré-base, base, R1, R2…). Il ne faut pas confondre ces générations de multiplication avec les générations génétiques F1 et F2.
Les semences de ferme
Définition et cadre juridique
Les semences de ferme (ou semences fermières) sont des graines issues de la récolte d'un agriculteur et ressemées sur sa propre exploitation. Elles sont généralement triées et parfois traitées, par l'agriculteur lui-même ou par un prestataire de triage à façon.
En France, la loi du 8 décembre 2011 relative aux COV encadre cette pratique pour les variétés protégées. Les semences de ferme de ces variétés sont autorisées pour une liste d'espèces fixée par réglementation. La liste de base est européenne (céréales à paille, pois, féverole, lupin jaune, luzerne, vesce, colza, lin, pomme de terre…) et a été élargie en France par décret. En contrepartie, l'agriculteur verse une rémunération à l'obtenteur, sauf s'il relève du régime des « petits agriculteurs » défini par le règlement européen. Pour le blé tendre, cette rémunération prend la forme d'une contribution prélevée à la livraison du grain, dont une partie est reversée aux agriculteurs qui achètent des semences certifiées. Pour les autres espèces, elle passe par des déclarations auprès des organismes gestionnaires. Il est conseillé de vérifier la liste des espèces et les modalités en vigueur, qui évoluent.
Les variétés du domaine public, dont le COV a expiré ou qui n'ont jamais été protégées, peuvent être ressemées librement. Dans tous les cas, la vente de semences non certifiées d'espèces réglementées reste interdite. Les échanges entre agriculteurs sont admis dans un cadre limité, pour des variétés non protégées et dans le cadre de l'entraide agricole.
Intérêts et limites
La semence de ferme réduit fortement le coût d'implantation, en particulier pour les espèces à forte dose de semis (céréales, protéagineux, couverts). Elle garantit aussi la disponibilité du lot et permet de maintenir des variétés ou des populations adaptées à l'exploitation. En contrepartie, l'agriculteur assume seul la qualité du lot : faculté germinative, pureté spécifique et variétale, état sanitaire. La carie du blé, transmise par la semence, illustre ce risque, surtout en l'absence de traitement. Le triage et le traitement représentent aussi un coût et une charge de travail.
Bonnes pratiques
Tout commence au champ. On choisit une parcelle propre, sans folle avoine, vulpin résistant, gaillet ni ambroisie, et saine, sans carie, ergot ni fusariose marquée. La récolte se fait à bonne maturité, avec une moissonneuse nettoyée et réglée pour limiter la casse des grains. Les protéagineux et le soja sont particulièrement sensibles aux chocs, qui abîment le germe sans que les dégâts soient toujours visibles.
Le stockage se fait au sec, sous 15 % d'humidité pour les céréales, au frais et à l'abri des insectes. On sépare physiquement le lot de semences du grain de vente.
Viennent ensuite le triage (voir la section dédiée), un test de germination, une analyse sanitaire si le moindre doute existe (carie, fusariose, Microdochium) et, le cas échéant, un traitement.
Enfin, on renouvelle régulièrement le lot avec des semences certifiées pour retrouver la pureté variétale et changer de variété lorsque le progrès génétique le justifie.
Cas particuliers
Pour les hybrides, la semence de ferme est déconseillée pour les raisons exposées plus haut. Pour le soja et les protéagineux, la faculté germinative peut chuter rapidement (grains fendus, vieillissement en stockage), et un test est indispensable chaque année. Pour les couverts, beaucoup d'agriculteurs multiplient leur propre féverole, vesce, avoine ou phacélie ; les règles de propriété intellectuelle s'appliquent de la même façon si la variété est protégée. En agriculture biologique, la semence de ferme est très répandue, mais l'absence de traitement conventionnel rend le contrôle de la carie décisif.
La certification des semences
La certification garantit l'identité variétale, la pureté et la qualité germinative d'un lot. En France, elle est assurée par le Service officiel de contrôle et de certification (SOC), rattaché à SEMAE (ex-GNIS). Elle repose sur des contrôles au champ chez l'agriculteur multiplicateur (isolement, pureté variétale, épuration, état sanitaire) et sur des analyses en laboratoire de chaque lot (faculté germinative, pureté spécifique, présence de graines d'autres espèces). Seuls les lots conformes aux normes reçoivent une étiquette officielle.
Catégories et générations
La multiplication part d'un petit stock tenu par le mainteneur de la variété et passe par des générations successives, chacune multipliant la quantité disponible.
| Catégorie | Désignation courante | Couleur de l'étiquette officielle | Usage |
|---|---|---|---|
| Semences de pré-base | PB, générations G0, G1… | Blanche barrée d'une diagonale violette | Réservées au mainteneur et aux multiplicateurs |
| Semences de base | B | Blanche | Servent à produire les semences certifiées |
| Semences certifiées de 1re reproduction | R1 ou C1 | Bleue | Vente aux agriculteurs |
| Semences certifiées de 2e reproduction | R2 ou C2 | Rouge | Vente aux agriculteurs (espèces autogames et certaines fourragères) |
| Semences commerciales | — | Brune | Certaines espèces fourragères, sans garantie de variété |
| Mélanges | — | Verte | Mélanges fourragers et mélanges de couverts, par exemple |
Pour les hybrides, il n'existe qu'une seule génération certifiée. Les lignées parentales sont maintenues en pré-base et en base, puis leur croisement donne directement la semence certifiée F1.
Pour l'agriculteur, R1 et R2 offrent les mêmes garanties de germination et de pureté spécifique. Seul le seuil de pureté variétale est un peu moins strict en R2. Cet écart a rarement une incidence agronomique mesurable et concerne surtout les multiplicateurs.
Quelques normes
Les normes européennes fixent des minimums, que la réglementation nationale ou les cahiers des charges professionnels peuvent renforcer.
| Espèce | Faculté germinative minimale | Pureté spécifique minimale |
|---|---|---|
| Blé, orge | 85 % | 98 % |
| Maïs | 90 % | 98 % |
| Colza, tournesol | 85 % | 98 % |
| Pois, féverole, soja | 80 % | 98 % |
| Luzerne | 80 % (graines dures comprises dans certaines limites) | 97 % |
Pour les céréales autogames, la pureté variétale exigée atteint 99,9 % en base, 99,7 % en R1 et 99,0 % en R2.
Plants de pomme de terre et matériels pérennes
Les plants de pomme de terre ont leur propre système de classes. Les plants de pré-base et de base portent les classes PB, S, SE et E, et les plants certifiés les classes A et B. Les critères portent avant tout sur l'état sanitaire (viroses, bactérioses). Pour la vigne, on distingue le matériel initial, de base, certifié (étiquette bleue) et standard (étiquette jaune foncé), sous le contrôle de FranceAgriMer.
Lire une étiquette
L'étiquette officielle indique l'espèce, la variété, la catégorie et la génération, le numéro de lot, le pays de production, le poids net ou le nombre de graines (maïs, tournesol, betterave, souvent vendus en doses) et la date de fermeture ou de contrôle. Si le lot est traité, elle mentionne aussi les produits de traitement. Certaines étiquettes fournisseurs ajoutent le PMG et la faculté germinative mesurée, utiles pour ajuster la dose de semis.
Semences biologiques
En agriculture biologique, l'utilisation de semences produites en bio est obligatoire. Des dérogations restent possibles lorsque l'offre est insuffisante, dans les conditions fixées par la réglementation et selon la disponibilité recensée sur la base nationale des semences biologiques. Le régime de dérogations est appelé à se restreindre progressivement.
Les traitements de semences
Le traitement de semences consiste à appliquer sur la graine un produit destiné à la protéger pendant la germination et les premiers stades. Il cible les pathogènes transmis par la semence elle-même (carie, charbons, fusarioses, septoriose sur grain) et ceux présents dans le sol (fontes de semis, Pythium, piétin-échaudage). Il peut aussi viser des ravageurs précoces ou apporter un effet de démarrage. Son intérêt est de protéger la culture avec une quantité de produit très faible, localisée exactement là où elle est utile.
Fongicides
Les fongicides forment l'essentiel des traitements actuels. En céréales à paille, ils visent en priorité la carie et les charbons, dont le traitement a rendu les épidémies rares, ainsi que la fusariose et Microdochium. Certaines spécialités ciblent le piétin-échaudage en situation de blé sur blé. En maïs, tournesol, soja et protéagineux, ils protègent contre les fontes de semis. En tournesol, le mildiou a développé des résistances à certaines matières actives, et la résistance variétale y joue désormais un rôle central.
Insecticides et répulsifs
L'offre en insecticides de semences s'est fortement réduite. Les néonicotinoïdes sont interdits en France depuis 2018, et les dérogations accordées pour la betterave ont pris fin en 2023. Quelques substances restent autorisées sur certaines cultures, avec des usages précis. Les répulsifs contre les oiseaux, pour le maïs et le tournesol notamment, ont fait l'objet d'autorisations successives, souvent temporaires. Les autorisations évoluent vite et doivent être vérifiées au cas par cas sur le catalogue officiel des produits phytopharmaceutiques (e-phy).
Alternatives
Plusieurs solutions existent sans produit de synthèse, notamment en agriculture biologique. Les traitements thermiques (eau chaude, air chaud humide ou vapeur) réduisent fortement la charge en pathogènes portés par la graine, dont la carie. Le traitement doit être maîtrisé avec précision pour ne pas altérer la germination. Il existe aussi des produits de biocontrôle à base de micro-organismes, certains autorisés contre la carie ou les fontes de semis, et des biostimulants et apports nutritionnels (zinc, manganèse, phosphore) appliqués sur la graine pour favoriser le démarrage. L'efficacité de ces derniers est variable selon les références disponibles.
Points de vigilance
Il faut d'abord vérifier que le produit est autorisé pour l'usage (espèce et cible) et respecter la dose. Certains produits ne peuvent être appliqués qu'en station de semences équipée, et non à la ferme. Les semences traitées sont colorées pour être identifiables. Elles ne doivent jamais être livrées à un organisme stockeur, données aux animaux ou mélangées au grain. Leur manipulation impose des équipements de protection, et le semis doit limiter l'émission de poussières, grâce à des déflecteurs sur les semoirs pneumatiques. La qualité du traitement se juge sur sa régularité : un grain mal couvert n'est pas protégé, un grain surdosé peut voir sa germination pénalisée. Certains fongicides sont par ailleurs incompatibles avec les inoculums bactériens (voir plus bas).
Pelliculage, enrobage et autres procédés
Plusieurs procédés modifient la surface de la graine, de façon plus ou moins épaisse.
Le pelliculage (film coating) applique une fine couche de polymère autour de la graine. Il fixe le traitement éventuel, limite les poussières et améliore la fluidité dans le semoir, sans modifier notablement le poids ni la forme de la graine.
L'enrobage ajoute une couche plus épaisse de matière : argile, calcaire, nutriments, micro-organismes, polymères absorbant l'eau ou répulsifs. Il est courant en luzerne et en trèfle (enrobage calcaire avec rhizobium) et sur certaines graminées fourragères. L'enrobage peut représenter une part importante du poids vendu, souvent un tiers ou plus. La dose de semis doit donc être raisonnée en nombre de graines et non en kilogrammes : une dose habituelle en graines nues, appliquée telle quelle en graines enrobées, revient à sous-doser.
La drageification ou pelletisation donne à la graine une forme ronde et calibrée. Elle permet le semis de précision de petites graines (betterave, carotte, chicorée).
La pré-germination contrôlée ou priming réhydrate partiellement la graine puis la sèche avant que la radicule ne sorte. La levée est ensuite plus rapide et plus homogène. Ce procédé concerne surtout les semences potagères et la betterave.
Dans tous les cas, une graine enrobée ou drageifiée ne s'écoule pas comme une graine nue. Un essai de débit du semoir est indispensable avant de semer.
La préinoculation
Les légumineuses fixent l'azote de l'air grâce à une symbiose avec des bactéries du sol (rhizobiums), hébergées dans des nodosités racinaires. Chaque groupe de légumineuses s'associe à des bactéries spécifiques. Si la bactérie adaptée est absente du sol, la plante ne nodule pas et se comporte comme une culture non fixatrice, avec des besoins en azote non couverts. L'inoculation consiste à apporter ces bactéries au semis. La préinoculation consiste à les appliquer sur la graine en usine, avant la vente, le plus souvent avec un support et des agents protecteurs qui prolongent leur survie.
Quand est-ce utile ?
| Culture | Bactérie symbiotique | Besoin d'inoculation en France |
|---|---|---|
| Soja | Bradyrhizobium japonicum | Indispensable sur les parcelles sans historique récent de soja |
| Luzerne, mélilot | Sinorhizobium (Ensifer) meliloti | Recommandée lors d'une première implantation et en sols acides |
| Lupin | Bradyrhizobium spécifique | Recommandée sans historique de lupin |
| Pois chiche | Mesorhizobium ciceri | Recommandée dans les zones de culture récente |
| Sainfoin | Souches spécifiques | Souvent recommandée lors d'une première implantation |
| Pois, féverole, vesce, lentille | Rhizobium leguminosarum bv. viciae | Rarement nécessaire, la bactérie est généralement présente |
| Trèfles | Rhizobium leguminosarum bv. trifolii | Rarement nécessaire |
Semences préinoculées ou inoculation au semis
La semence préinoculée simplifie le chantier, mais le nombre de bactéries vivantes diminue avec le temps, la chaleur et la lumière. Il faut respecter la date limite d'utilisation indiquée sur le sac. L'inoculation à la ferme au moment du semis (inoculum sur tourbe, liquide ou microgranulés dans le sillon) apporte des bactéries fraîches. Lors d'une première culture de soja sur une parcelle, les références techniques conseillent souvent de sécuriser la nodulation en combinant les deux.
Précautions
Les bactéries sont des organismes vivants. On stocke donc les semences au frais et à l'ombre, on ne laisse pas les sacs ou la trémie au soleil et on sème rapidement après ouverture. Il faut vérifier la compatibilité avec un éventuel traitement fongicide, qui peut tuer les bactéries. Un sol acide, un excès d'azote minéral en début de cycle ou un sol sec au semis limitent la nodulation. Pour contrôler le résultat, on arrache quelques plantes quatre à six semaines après la levée : des nodosités nombreuses et roses à l'intérieur indiquent une fixation active.
Des produits contenant d'autres micro-organismes (champignons mycorhiziens, Bacillus, Azospirillum…) sont aussi proposés en enrobage. Leurs effets au champ sont plus variables et moins bien documentés que ceux des rhizobiums.
Le tri et la préparation des semences
Le triage (ou nettoyage-calibrage) débarrasse le lot de ce qui nuirait à la levée ou salirait la parcelle : débris, grains cassés, grains maigres, graines d'adventices, grains contaminés (ergot, carie, fusariose), autres espèces. Il améliore aussi le calibre moyen. À faculté germinative égale, les gros grains contiennent plus de réserves et lèvent mieux en conditions difficiles. Selon la propreté du lot, la proportion de déchets varie en général de 5 à 15 %.
Techniques
| Technique | Principe | Ce qu'elle élimine |
|---|---|---|
| Nettoyeur à grilles (tamis) | Séparation selon la largeur ou l'épaisseur | Gros débris, petits grains, graines fines |
| Colonne aspirante | Séparation par courant d'air | Grains légers ou vides, glumes, poussières |
| Trieur alvéolaire (cylindres alvéolés) | Séparation selon la longueur | Grains cassés et graines rondes (gaillet, vesce) ; graines longues (folle avoine) avec des alvéoles adaptés |
| Table densimétrique | Séparation selon la densité | Grains mal remplis, attaqués ou germés |
| Trieur optique | Séparation selon la couleur ou l'aspect | Sclérotes d'ergot, grains fusariés ou tachés |
| Trieur à spirales | Séparation des graines rondes qui roulent | Graines rondes mêlées aux céréales ou aux protéagineux |
Le triage d'une récolte en association (pois-orge, féverole-blé, mélanges de couverts) combine généralement grilles et trieur alvéolaire pour séparer les espèces. On contrôle ensuite les proportions obtenues avant de ressemer.
Contrôles après tri
La faculté germinative se mesure en laboratoire selon les méthodes officielles (règles ISTA). On peut en avoir une première idée à la ferme : on place 4 × 100 graines sur un papier humide, à température ambiante, et on compte les germes normaux après 7 à 10 jours.
La vigueur complète cette mesure. Un lot peut bien germer en conditions idéales et mal lever dans un sol froid et humide. Des tests spécifiques existent, comme le test au froid pour le maïs ou la conductivité pour le pois.
Le poids de mille grains (PMG) se mesure en pesant plusieurs échantillons de grains comptés. Il varie beaucoup d'un lot à l'autre, parfois de plus de 30 % pour une même variété, et doit donc être mesuré sur chaque lot.
L'analyse sanitaire s'impose en cas de doute, et systématiquement pour la carie sur les lots de blé non traités.
Calcul de la dose de semis
La dose se calcule à partir du nombre de plantes visées, du PMG et des pertes attendues :
Dose (kg/ha) = plantes visées par m² × PMG (g) ÷ [100 × faculté germinative × taux de levée]
La faculté germinative et le taux de levée s'expriment ici en fractions. Par exemple, pour 250 plantes/m² de blé avec un PMG de 45 g, une faculté germinative de 0,90 et un taux de levée estimé à 0,85, on obtient 250 × 45 ÷ (100 × 0,90 × 0,85), soit environ 147 kg/ha. Le même objectif avec un lot de PMG 38 g ne demande que 124 kg/ha. Raisonner en kilogrammes fixes conduit donc à des peuplements très différents d'un lot à l'autre.
Stockage
Une semence conserve sa qualité d'autant mieux qu'elle est sèche et au frais. L'humidité et la température accélèrent son vieillissement. Toutes les espèces ne vieillissent pas au même rythme : le soja et plusieurs protéagineux perdent vite leur faculté germinative, alors que les céréales bien stockées se conservent plusieurs années. Un lot conservé d'une année sur l'autre doit être testé à nouveau avant le semis.
Sources
- Création variétale chez les plantes cultivées. Des méthodes conventionnelles aux outils modernes (Quæ) - 2025 - André Gallais - https://doi.org/10.35690/978-2-7592-3951-1
- Méthodes de création de variétés en amélioration des plantes (Quæ, coll. Savoir-faire) - 2011 - André Gallais - https://www.quae.com/product/1064/9782759217311/methods-for-creating-varieties-in-plant-breeding
- Catalogue officiel des espèces et variétés de plantes cultivées en France - Mis à jour en continu - GEVES / CTPS - https://www.geves.fr/catalogue
- Règlement technique annexe des semences certifiées de céréales autogames (variétés lignées et variétés hybrides) - 2022 - Ministère de l'Agriculture - https://info.agriculture.gouv.fr/boagri/document_administratif-29940677-d3a8-4cd7-8583-e8ba83635a16/telechargement
- Loi n° 2011-1843 du 8 décembre 2011 relative aux certificats d'obtention végétale - 2011 - République française (JORF) - https://www.wipo.int/wipolex/fr/legislation/details/19306
- Céréales à paille : évaluer la qualité germinative des semences de ferme - 2026 - Aude Carrera, Clément Monnereau, Edouard Baranger, Delphine Bouttet (Arvalis) - https://www.terre-net.fr/semences/article/903433/cereales-a-paille-evaluer-la-qualite-germinative-des-semences-de-ferme
- Soja – Guide de culture 2025 - 2025 - Terres Inovia - https://www.terresinovia.fr/fr/guides/soja-guide-de-culture